Rites d'Amour et de Maths, un film de Reine Graves et Edward Frenkel

Rites d'Amour et de Maths (court-métrage d'une trentaine de minutes) est le premier film en tant qu'acteur et co-réalisateur, avec la cinéaste Reine Graves, du mathématicien Edward Frenkel, lauréat 2008 de la Chaire d'Excellence de la Fondation. 

Hommage ambitieux au Yukoku de Yukio Mishima, esthétique et poétique, le film offre une vision romantique inhabituelle du mathématicien.

Projections

La première mondiale du film a eu lieu le mercredi 14 avril 2010 au cinéma Max Linder Panorama, 24 bd Poissonnière, Paris 9e.

Une deuxième projection a eu lieu le dimanche 2 mai 2010 au cinéma Le Balzac, 1 rue Balzac, Paris 8e

Rites d'Amour et de Maths sera également projeté en clôture de la journée de conférences Symmetry, Duality and Cinema le jeudi 17 juin 2010 à l'Amphithéâtre Hermite de l'IHP, 11 rue Pierre et Marie Curie, Paris 5. Contact et inscriptions à cette journée : fsmp@ihp.jussieu.fr

 

Pour en savoir plus sur le film

Toutes les informations sur Rites d'Amour et de Maths sont disponibles sur le site http://www.imdb.com/title/tt1530994/ et sur la page Facebook du film (cliquez ici)

 

Revue de presse de Rites d'Amour et de Maths

Rites d'Amour et de Maths a fait l'objet d'articles dans les magazines en ligne américains Huffington Post, New Scientist et le magazine italien OggiScienza.

Les projections du film ont également été annoncées dans l'hebdomadaire Le Monde 2, dans les magazines de vulgarisation mathématiques Tangente et Pour la science, et sur les sites Evene, Images des Maths et PaperBlog.

L'introduction de Jacques Henric

Jacques Henric, critique, essayiste et romancier français, responsable des pages littéraires de la revue Art Press, a accepté d'introduire le film de Reine Graves et Edward Frenkel :

 "Quelle formule mathématique pour dire l’amour sans la mort ?

C’est une très vieille histoire que nous racontent les littératures et les arts universels, celle des noces d’Eros et Thanatos. Pour ce qui est de notre culture occidentale, Homère a donné un des départs, le grand théâtre grec a pris le relais, le christianisme a apporté sa touche personnelle à cette omniprésente conception de la vie. L’auteur de Tristan et Yseut nous annonce d’emblée que c’est un beau « conte d’amour et de mort » qu’il va nous donner à lire. Mais l’Orient, le Moyen et Extrême Orient n’ont pas été en reste dans la volonté de célébrer le lien indéfectible de l’amour et de la mort. Le Japon n’a pas dérogé à la règle. On peut traiter la chose par de volumineux écrits, on peut aussi aller directement au cœur de la question. C’est ce qu’a fait Mishima, dans son film Rites d’amour et de mort. Pas même trente minutes de spectacle filmé et l’essentiel est dit.

Mais il est une autre tradition littéraire, philosophique, morale, minoritaire celle-là qui s’est efforcée de desserrer, voire de carrément trancher le lien entre Eros et Thanatos. Au cours du dix-huitième siècle français, les Libertins s’y employèrent, mais le dix-neuvième, avec le romantisme, remit « l’amour à mort » au goût du jour et ce n’est pas le siècle passé (et encore moins le nôtre) qui s’est libéré de l’emprise de cette idéologie et de cette morale. Au Japon, une tradition vivace, proche dans son esprit du libertinage français, a alimenté un grand et durable courant littéraire ainsi qu’une part essentielle de la peinture dans ce que celle-ci a produit de plus beau. On désigne cette attitude éthique et esthétique du terme japonais de ukiyo qui signifie un certain idéal de galanterie dont témoignent l’existence des geishas et les récits dont elles sont les héroïnes (qu’on garde en mémoire les estampes érotiques de Hokusai et Utamaro ou les photographies d’ Araki qui en sont, sur un mode kitsch, la continuation, notamment sa série Tokyo lucky hole et ses « pola-mandala » — à lire sur ce sujet Erotique du Japon classique, d’Alain Walter).

Mishima n’appartient manifestement pas à cette culture du plaisir. La psychanalyste Catherine Millot a défini sa conception de l’amour et du sexe comme « un érotisme de la désolation ». Son film, superbe, illustre de façon radicale une certaine impossibilité de la possession sexuelle, plus précisément ce que Lacan appelle le non-rapport sexuel (pas l’acte mais le non-rapport, ce qu’un mathématicien devrait entendre par ce terme de logique). Ce qui n’empêche donc pas, comme le montre le film, que le projet du suicide peut déboucher sur une exaltation érotique. Le non-rapport se manifeste par le fait que chez Mishima la jouissance est la voie royale de ce que la psychanalyse appelle « déni de castration », et la scène finale du seppuku est à lire comme un « passage à l’acte », l’éventrement évoquant en vérité un châtrage réel devant la femme. « Il existait en moi une scission pure et simple entre l’esprit et la chair », fait dire Mishima au narrateur de la Confession d’un masque.

Quel est le défi que relève Edward Frenkel et Reine Graves en realisent leur film Rites d’amour et de maths ? Est-ce d’enfoncer non pas le clou mais le couteau, si je puis dire, entre esprit et chair, ou éventuellement de les réconcilier ? Sans doute, leurs faut-il d’abord revisiter le film de Mishima dans sa continuité et en approcher au plus près sa beauté formelle. Mais comment, éventuellement, prendre une distance avec sa thématique mortifère ? Dans le film qu’ils envisagent, le personnage central n’est pas un militaire mais un mathématicien. Il ne se bat pas pour l’honneur mais, comme nombre de ses devanciers scientifiques ou philosophes, pour la vérité. Question philosophique, religieuse, politique, morale : doit-on se sacrifier et mourir pour la vérité ?

Oui, répondent Socrate, Giordano Bruno, Michel Servet…,  tous les savants et penseurs qui ne transigèrent pas avec elle et préférèrent la mort au reniement. Non répond l’écrivain chrétien Kierkegaard.

Voyons ce que pourrait être la réponse de Reine Graves, auteur de quelques films avant-gardistes peu idéologiquement corrects qui a gagné des prix prestigieux (Prix Pasolini pour Je vous salue Judas et Prix Henri Langlois pour Contrast), et Edward Frenkel, Professeur de Mathématique à l’Université de Berkeley et mathematicien brillant (parmi ses nombreuses distinctions sont Prix Hermann Weyl et Chaire d’Excellence de Fondation Sciences Mathématiques de Paris), qui a toujours eu l’ambition de traquer dans ses travaux un absolu de la vérité. Comment vont-ils répondre à cette question cruciale dans leur film Rites d’Amour et de Maths ?