Sous la conduite des mathématiques

Michel Roesch a toujours eu le goût des mathématiques appliquées. Cet ancien normalien, titulaire d’un doctorat, s’est résolument tourné vers le secteur industriel. En effet, il est aujourd’hui responsable du plan de montage sur l’ensemble des usines PSA Peugeot, en France aussi bien qu’à l’international. Portrait d’un mathématicien dans l’industrie automobile.

Des équations d'Euler à PSA Peugeot

En entrant à l’ENS, Michel Roesch songe plutôt à la recherche. Après un DEA de mathématiques appliquées à l’Université Paris 6, il commence une thèse qu’il intitule Contribution à la géométrie des fluides parfaits incompressibles. Son travail traite d’un problème précis : si l’on se donne des conditions initiales mais aussi finales, comment optimiser une trajectoire de manière à ce que l’énergie consommée soit minimale ? Il montre qu’il n’existe qu’une seule solution à ce problème, et recourt pour ce faire aux équations d’Euler incompressibles. « Les plus simples : la viscosité n’y apparaît pas », explique-t-il. Sa thèse trouve de nombreuses applications, dans l’aéronautique par exemple, ou encore pour prévoir la diffusion de la pollution : « Une thèse assez abstraite toutefois, et très mathématique. » En parallèle de son travail de recherche, Michel Roesch est scientifique du contingent, en poste au centre commun de recherche d’EADS. Là, il travaille sur des problèmes de simulation numérique pour des moteurs d’hélicoptères. Cette première expérience professionnelle lui donne envie de travailler dans le secteur privé : « Je souhaitais allier réflexion et réalisation. L’entreprise m’attirait par ses aspects concrets. » Durant sa dernière année de thèse, il entame des études au Corps des mines. Sa soutenance passée et son diplôme d’ingénieur en poche, il entre au Ministère de l’industrie. Les sous-sols de la région Île-deFrance constituent son secteur d’activité, puisqu’il gère alors les risques liés à l’effondrement de carrières. Pas de mathématiques à l’œuvre, mais de la gestion d’équipes et du management. Cinq ans plus tard, il renoue avec son envie de travailler en entreprise, et rejoint PSA Peugeot.

« Construire une voiture est un sujet extrêmement complexe. Quelque part, on peut y voir un parallèle avec la résolution d’un problème mathématique ardu. »

Il se sent attiré par le secteur automobile, avec lequel il s’est déjà familiarisé lors d’un stage au Corps des mines : « Construire une voiture est un sujet extrêmement complexe. Quelque part, on peut y voir un parallèle avec la résolution d’un problème mathématique ardu. » D’abord recruté à un poste de responsable commercial, il devient responsable des relations clientèles et gère tant les contentieux que l’aspect médiatique de l’entreprise. Puis il s’attelle à définir les cahiers des charges des Peugeot 3008 et 5008. « Le cahier des charges indique la taille, la forme, la puissance, le prix, le type de clients visés, les coûts, en bref tous les aspects de la production y sont détaillés. Il permet d’avoir une vision globale du produit », explique-t-il. « Construire un véhicule, c’est faire en permanence des compromis. Sauf sur quelques points techniques que nous souhaitons exceptionnels, et qui classent le véhicule au-dessus de la norme. » Quatre ans plus tard, les voitures sont commercialisées. Michel Roesch arrive alors à un nouveau poste, plus opérationnel, celui de directeur de montage de l’usine PSA Peugeot de Valenciennes. « Une usine automobile se divise en trois secteurs, qui correspondent à différentes étapes de la construction : le ferrage, la peinture et enfin le montage, où l’on ajuste les roues, les sièges, les rétroviseurs, les moteurs, les vitres, ... Mon travail consistait alors à garantir quotidiennement la production, tant en qualité qu’en coût, délais et sécurité. » Deux ans plus tard, il accède à son poste actuel, responsable du plan de montage sur l’ensemble des usines PSA Peugeot. Son activité s’étend à une douzaine d’usines, situées en Europe et en Amérique latine. « Je suis désormais dans la planification à long terme. Les questions sur lesquelles je me penche sont les suivantes : qu’est ce que PSA Peugeot va fabriquer comme véhicules ? Dans quelle(s) usine(s) ? Où et quand affecter les produits nécessaires à la production ? Telle usine gagnerait-elle à se spécialiser, selon la taille du véhicule par exemple ? » Un poste clé donc, et de nombreux interlocuteurs avec qui travailler. « Depuis que je suis rentré à PSA Peugeot, j’ai alterné les postes opérationnels et les postes stratégiques », résume-t-il. 

« Ecrire une thèse, c’est gérer un projet dans la durée. »

Michel Roesch reconnaît que son doctorat lui a beaucoup apporté. « Ecrire une thèse, c’est gérer un projet dans la durée. Ce n’est pas un sprint, mais bien plutôt un marathon ! J’y ai acquis de la ténacité, ce qui est très important quand on travaille en entreprise. » Selon lui, le doctorat permet d’aller au fond des choses et de s’attaquer à des problèmes particulièrement complexes. « Ce que j’en retire encore aujourd’hui, c’est un esprit de rigueur et de synthèse, fort utile pour appréhender l’inconnu et la difficulté. »